Le lit de Denise B.

Quelque part en Ile-de-France…

Je vais vous raconter l’histoire d’un arbre. Un noyer producteur de noix qui vivait tranquille dans le champ de la France profonde, quelque part dans le Quercy.

Noyer dans un champ

J’étais beau. Mon tronc, droit et lisse a donné des idées à un charpentier du coin : « Avec un aussi beau bois, on doit pouvoir faire de beaux meubles ! ».

Quelques années plus tard, je deviens un lit sculpté galbé à la mode, accompagnant une armoire à glace et une table de chevet, galbées elles-aussi, et agrémentées de quelques sculptures.

Tête du lit avec ces décorations.

J’étais devenu un élément de la dot d’une jeune fille à marier.

L’année après le mariage, en 1951, je suis devenu partenaire de l’accouchement de ma propriétaire, avec la sage-femme venue à domicile.
Après des heures difficiles, j’ai vu apparaître une jolie petite fille. J’ai accompagné la maman, lui offrant détente et repos.
Puis, trois ans plus tard, avec Pâques et le printemps, ce fut le tour d’un magnifique garçon de naître dans les mêmes conditions que sa sœur.

Après le bonheur, la maladie… Nuits de souffrance, de prières, de pleurs, le papa meure.Et là, pour moi, commence le grand voyage : une petite ville de province, puis Paris, toujours avec mes compagnons d’infortune : armoire, table de chevet auxquelles s’étaient ajoutée une commode quatre tiroirs de même style. Je me sentais moins seul.

Le lit de Denise

Et puis nouveau départ, tous ensemble pour la banlieue parisienne.
J’ai perdu mon amie, la commode, par manque de place, mais la nuit je papote encore avec la table de chevet et l’armoire à glace et je veille au repos de la propriétaire qui ne m’a jamais abandonné.

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.